Rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2016

#Post it : Un paquebot dans les arbres, de Valentine Goby

 

Au début des années cinquante, dans un village des bords de Seine à une cinquantaine de kilomètres de Paris, Odile et Paulot Blanc et leurs trois enfants gèrent Le Balto, une épicerie-bar-tabac. Pendant plus d’une dizaine d’années, ils sont au centre de la vie de la localité. gobyBals, fêtes de village, etc., tout se célèbre au Balto. Armé de son harmonica, Paulot fait danser toutes les générations.

Jusqu’au jour où il s’écroule. Il a des bacilles plein les poumons. C’est le début de la fin pour la famille Blanc. Dans le village peu à peu on les évite, on a peur de la contagion. Le Balto se vide de jour en jour. Le commerce périclite. Les Blanc sont isolés.

Mathilde, deuxième enfant de la famille, est désormais la « fille du tubard ».

Lentement mais sûrement, Odile et Paulot deviennent des parias. Le Balto a dû être cédé. Odile se démène pour maintenir la famille à flots. Éleveuse de rats de laboratoires, vendeuse de frites, etc., la mère de famille fait comme elle peut. Mais finit elle aussi par s’effondrer. D’épouse de tubard, elle devient tubarde.

C’est Mathilde qui va prendre les siens à bras le corps. Jusqu’à s’oublier.

Tiré d’une histoire vraie, ce douzième roman de Valentine Goby est dense et lumineux.

Le lecteur a vue sur la famille, et plus largement sur le village de La Roche, à travers les yeux du narrateur et de Mathilde. A la fois plongé dans l’histoire familial et en étant le spectateur privilégié, on n’en est que plus touché par les événements qui se succèdent.

Annie, l’aînée des enfants Blanc, s’extrait rapidement du village et s’en va à Paris faire sa vie. Jacques, dernier enfant, est trop petit quand la descente aux enfers commence. Véritable mère-courage, c’est Mathilde, l’enfant du milieu, qui vit, voit et subit tout. La lâcheté de la plupart des anciens amis, la médisance de beaucoup, les insultes à l’école, mais aussi le soutien de quelques-uns (trop peu nombreux) et la générosité d’autres, l’enfant puis l’adolescente encaisse sans toutefois se taire. Le « p’tit gars » de Paulot sait répondre aux mauvaises langues. Mais les blessures demeurent.

L’écriture de Valentine Goby est bouleversante. Elle réussit ce tour de force de rendre une histoire sombre à la fois lumineuse et puissante, pleine d’amour et de flamboiement.

Plus qu’une histoire de famille, Un paquebot dans les arbres est un grand roman social. A travers Paulot et Odile, c’est du sort des tuberculeux dans les années 50-60 dont il est question. Ces pestiférés relégués à la périphérie du monde.

En trame de fond, on aperçoit le drame algérien et une photographie sociale très subtile des années 60.

Et encore plus largement, c’est de la place de la femme dans l’adversité que traite Valentine Goby. Avec un grand talent de conteuse.

Personnage magnifiquement attachant, Mathilde représente l’amour filial dans ce qu’il a de plus pur et de plus vibrant.

Je découvre Valentine Goby par cette œuvre et il me tarde de la lire encore.

 

Titre : Un paquebot dans les arbres

Auteur : Valentine Goby

Éditions : Actes Sud

Nombre de pages : 272

Parution : août 2016

 

 

 

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