Rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2016

#Post it : Police, de Hugo Boris

 

Virginie, Erik et Aristide sont flics. Ils font partie de ces policiers en uniforme que l’on croise tous les jours mais dont on n’imagine jamais ni les vies ni les étatspolice d’âme. Un soir d’été, la chaleur est caniculaire et on leur attribue une mission dont il n’ont pas l’habitude. Ils vont devoir aller chercher un étranger sans papiers pour le mener à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Un avion l’y attend pour le reconduire au Tadjikistan via Istanbul.

Virginie, en pleine tourmente personnelle, se permet d’ouvrir le pli qu’on lui remet en même temps que l’homme à escorter. En le parcourant, elle comprend vite que le Tadjik menotté près d’elle s’est rebellé contre la traite humaine. Elle saisit aussi que c’est vers une mort certaine que ses collègues et elle le mènent.

Face à la réalité crue, ce sont toutes les certitudes de Virginie, mais aussi de ses deux collègues, qui finissent par craqueler, avant de céder définitivement. Jusqu’à la confrontation finale dans les travées de l’avion.

De la première à la dernière ligne du livre, une question, lancinante, nous hante, acharnée : qu’aurions-nous fait à la place des trois policiers ?

Une interrogation qui vient, plus largement, nous interroger sur le monde tel qu’il est aujourd’hui. Comment rester nous-mêmes, répondre à de froides directives en laissant l’humain de côté ?

Police, c’est le roman de quatre vies qui basculent. Oui, c’est en apparence celle de l’étranger en passe d’être reconduit à la frontière qui semble la plus chancelante. Mais derrière cette tragique destinée, se profilent celles non moins instables et vacillantes des policiers. Et en troisième plan, c’est la nôtre de vie qu’on achève d’interroger. Quel sens ? Quelle orientation ? Quels choix ? Pour quelle vie ?

Loin de faire prévaloir une adversité – celle du sans papiers – sur une autre – celles que vivent les policiers -, Hugo Boris nous montre que nos sorts sont liés. L’humanité qui nous lie nous oblige également. Nul moyen de détourner la tête. Le malheur des autres nous rattrape et nous questionne.

L’écriture est délicate, la saisie des personnages est fine. Par petites touches, l’auteur trace les contours psychologiques comme physiques de ses personnages.

La prise de conscience des protagonistes se fait de manière brutale. C’est comme une claque que l’auteur cherche à nous administrer. L’effet est réussi. Les interrogations de Virginie, Aristide et Erik sont les nôtres.

Un roman aussi court, sec que percutant et incisif.

Titre : Police

Auteur : Hugo Boris

Éditions : Grasset

Nombre de pages : 198

Parution : août 2016

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