Lecture, Post it

#Post it : La place, de Annie Ernaux

 

Résumé officiel : «Enfant, quand je m’efforçais de m’exprimer dans un langage châtié, j’avais l’impression de me jeter dans le vide.Une de mes frayeurs imaginaires, avoir un père instituteur qui m’aurait obligée à bien parler sans arrêt en détachant les mots. On parlait avec toute la bouche.Puisque la maîtresse me « reprenait », plus tard j’ai voulu reprendre mon père, lui annoncer que « se parterrer » ou « quart moins d’onze heures » n’existaient pas. Il est entré dans une violente colère. Une autre fois : « Comment voulez-vous que je ne me fasse pas reprendre, si vous parlez mal tout le temps ! » Je pleurais. Il était malheureux. Tout ce qui touche au langage est dans mon souvenir motif de rancœur et de chicanes douloureuses, bien plus que l’argent.»

 

Premier paragraphe : « J’ai passé les épreuves pratiques du Capes dans un lycée de Lyon, à la Croix-Rousse. Un lycée neuf, avec des plantes vertes dans la partie réservée à l’administration et au corps enseignant, une bibliothèque au sol en moquette sable. J’ai attendu là qu’on vienne me chercher pour faire mon cours, objet de l’épreuve, devant l’inspecteur et deux assesseurs, des profs de lettres très confirmés. Une femme corrigeait des copies avec hauteur, sans hésiter. Il suffisait de franchir correctement l’heure suivante pour être autorisée à faire comme elle toute ma vie. »

 

J’ai aimé : Le rythme rapide, les phrases courtes, les mots choisis pour être aussi percutants que parlants. La tendresse de l’auteure envers les travers de son père, qu’elle cache sous des mots qui égratignent. Le portrait que dépeint progressivement Annie Ernaux d’une époque et d’une famille, avec une vraie tendresse inavouée.

J’ai moins aimé : On est parfois agacé par l’importance qu’accorde l’auteure et sa famille au regard des autres, à cette dichotomie constante entre les bourgeois et les autres.

 

Passage mémorable : « Devant les personnes qu’il jugeait importantes, il avait une raideur timide, ne posant jamais aucune question. Bref, se comportant avec intelligence. Celle-ci consistait à percevoir notre infériorité et à la refuser en la cachant du mieux possible. Toute une soirée à nous demander ce que la directrice avait bien voulu dire par : « Pour ce rôle, votre petite fille sera en costume de ville. » Honte d’ignorer ce qu’on aurait forcément su si nous n’avions pas été ce que nous étions, c’est-à-dire inférieurs. »

On en ressort : Triste pour le père : on a l’impression qu’il n’a pas pris la mesure de son évolution, se comparant toujours à « plus élevé » que lui. En se disant que certaines problématiques restent intemporelles, comme par exemple les complexes entre classes sociales. On est également ému de se retrouver dans des bribes d’histoires d’Annie Ernaux.

 

Titre : La place

Auteur : Annie Ernaux

Éditions : Gallimard (Folio)

Nombre de pages : 114

Parution : 1986

Previous Post Next Post

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply