Rentrée littéraire, Rentrée littéraire 2016

#Post it : Bleu, blanc, noir de Karim Amellal

 

Écrit à la première personne du singulier, Bleu, blanc, noir raconte l’histoire d’un trentenaire qui a mis sa banlieue natale derrière son dos pour se tourner vers un avenir brillant de banquier d’affaires. Vivant dans un quartier branché de Paris avec Agnès, la femme qu’il aime, c’est le prototype du jeune parti de rien et qui a réussi.

Mais sa machine à gravir les échelons est trop bien huilée. Le contexte tant historique que politique va achever de la gripper, avant de la plonger dans les abimes des peurs. Celles de ses compatriotes Français finissent par porter au pouvoir Mireille Le Faecq, présidente du parti d’extrême-droite. Et le « Redressement national » est lancé. Implacable, le manichéisme étouffe et broie.

C’est dans ces instants graves que se révèlent ceux qui courbent l’échine et ceux qui choisissent de résister. Les premiers comme les seconds ne sont pas toujours ceux auxquels on s’attend.

Le héros lui, marque un temps d’arrêt, se tâte, hésite. Le temps des choix décisifs est venu. Celui de la définition précise de son identité aussi.

Glaçant de réalisme, Bleu, blanc, noir est un roman d’anticipation qui nous met très brutalement face aux conséquences d’idées nauséabondes dont se sont aujourd’hui appropriés tous les partis français. Dans une interview au quotidien Libération, l’auteur estimait le 1er septembre dernier :

Je crois que la victoire du Front national est tellement possible qu’on ne réfléchit pas vraiment aux conséquences d’un tel événement. Certains mêmes, y compris parmi les personnes issues de l’immigration, dont beaucoup sont écœurés par l’ensemble de la classe politique, se disent : et après tout pourquoi pas ? J’essaye ainsi de montrer à quoi une France gouvernée par le Front national pobleublancnoirurrait ressembler.

La force de ce livre réside donc dans le fait que Karim Amellal nous fait vivre une terrifiante réalité qu’on ne cesse de se dire possible tout au long de la lecture.

Avec l’auteur rien n’est complètement blanc ou noir. Les nuances qu’il apporte tant aux personnages qu’aux situations surprennent autant qu’ils crédibilisent son texte. Même si quelques raccourcis trop faciles m’ont fait tiquer, voire sursauter.

Autre point fort du livre, le travail fait autour du personnage principal. Rares, voire inexistants, sont les ouvrages qui mettent aussi bien en exergue ces complexes du garçon (ou de la fille) qui a « réussi ». Des complexes de supériorité en présence d’autres Français à origines comme lui. Et d’autres d’infériorité face à ceux qu’il considère comme « mieux nés » que lui.

Karim Amellal n’épargne personne et pointe les bassesses des opportunistes comme l’apathie d’une majorité de la population qui boit des paroles immondes sans les vérifier, les confronter à la réalité.

Par contre, on ne peut dire que l’histoire soit servie par une écriture efficace. Si le roman a le mérite de tenter de nous sortir de notre engourdissement, le style est tout sauf agréable. On finit les 400 pages avec un grand soulagement tant Karim Amellal accumule les jeux de mots, les références historiques qui font érudit, ou encore les grosses ficelles. De même, la lecture est constamment ralentie et l’on passe son temps à se demander si on a bien compris qui est qui.

Le roman aurait largement pu être amenuisé tant il compte de longueurs, de répétitions et de passages inutiles n’apportant rien à l’histoire.

Un roman utile donc, mais littérairement rebutant !

Titre : Bleu, blanc, noir

Auteur : Karim Amellal

Éditions : de l’Aube

Nombre de pages : 408

Parution : août 2016

 

 

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