A suivre, Ecriture

#NaNoWriMo2016

 

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  • Bonjour maman ! Bonjour petite fille ! Comment tu t’appelles ?

Elle fléchit les genoux, se place à ma hauteur, me regarde à peine. Déjà elle se redresse. Elle risquait d’attendre un peu trop longtemps l’énoncé de mon prénom. Quelques courtes minutes auparavant, elle a accueilli une autre petite fille. Sa mère a bien tenté de la maintenir près d’elle jusqu’à la présentation à la maitresse. Elle a fini par laisser sa furie se précipiter sur les jeux à disposition. Agitée, bondissante, l’enfant a fini par répondre à l’appel de la maitresse, surprise par le ton affirmé. Elle a répondu avec aplomb quand on lui demandait son prénom. Cette formalité remplie, elle a empoigné la main de sa mère et l’a littéralement arrachée du rang des parents. La maitresse n’a pas semblé attendrie par le regard de chien battu que lui a lancé la maman. Débrouille-toi avec ta harpie ! semblaient plutôt dire ses yeux navrés. Elle devait penser à l’année à venir et se dire qu’elle aurait autant de boulot avec la mère qu’avec la fille.

Fermement arrimée à la main de ma mère, j’avance à petits pas. Je ne suis pas pressée d’être présentée à cette adulte. Je sais qu’on va me laisser entre ses mains. Je sens aussi que l’enthousiasme maternel a tout de la farce. Ma mère a perçu mon angoisse. J’ai serré sa main un peu plus fort à chaque pas. Elle a senti tout mon corps se tendre. Ses sourires appuyés n’y peuvent rien. Ils ne font que me montrer à quel point mon inquiétude est légitime, fondée. Sur quoi, je n’en sais rien encore. Ne dit-on pas que le sentiment premier fixe en nous un vague avant-goût ? Pour moi, le présage est funeste.

  • Comment tu t’appelles ?

Pourquoi s’acharne-t-elle à répéter sa question ? Je l’ai bien entendue. Elle a fait son chemin en moi. Je choisis de l’ignorer. Faisant rouler mes yeux vers ma mère, je l’enjoins à répondre pour moi. Elle sent mon impatience. Se tourne vers la maitresse. Énonce clairement mes nom et prénom. L’institutrice parcourt sa liste de l’index.

  • Sanaaaa… Ah oui ! Sana ! Tu es bien dans ma classe.

Son grand sourire carnassier achève de m’exaspérer. Elle a baissé les yeux vers moi, avant de les retourner aussi vite vers ma mère.

  • Elle n’a pas l’air de parler beaucoup cette petite hein ?…

  • Oui elle est un peu timide… Il faut lui laisser du temps…

Timide ! Le tampon est entériné. Reste à en bâtir les fondations, à en poser les charpentes, à en polir les finitions. M’a-t-on demandé ce que j’en pensais ? Nul besoin ! A moi de faire avec. De le faire mien. De me fondre dans les méandres de la gêne constante. De me la fermer quand j’ai envie de hurler. De sourire quand le courroux me tord les tripes. Une fois la coupe de la réserve et de l’effacement bue jusqu’à la lie, à moi de me démener, de résister, de lutter pour que le sceau soit brisé, réduit en miettes. Mais ce temps n’est pas venu. La brûlure de l’empreinte est encore douloureuse. N’allons pas l’arracher prématurément.

(à suivre)

 

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